Augusta Lardy Micheli: walk with me 20 March—18 April 2026
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Nous avons le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition personnelle d’Augusta Lardy Micheli, “walk with me”, qui aura lieu le jeudi 19 mars à 18h.
Le titre de l’exposition, Walk with Me, prend la forme d’une invitation simple. Une phrase qui pourrait appartenir à un dialogue, à un geste familier. Elle est aussi le nom d’une oeuvre qui ouvre l’exposition et en porte le souffle. Sur cette toile, les mots walk with me sont inscrits à même la peinture, comme griffés dans la chair d’un crépuscule. On y traverse des barrières de mûres et des vents ascendants de chaleur, des rouges qui brûlent, des violets qui s’effondrent dans l’obscurité. C’est un passage autant qu’un tableau: une invitation à entrer, et déjà une traversée.
Ses tableaux sont l’émergence d’un état, leur sujet n’est pas tant image qu’il est peinture. On y découvre des arbres, des clairières, parfois des cours d’eau ou des déflagrations dans le ciel. Ce sont des éléments suffisamment reconnaissables pour situer la scène, mais jamais assez définis pour enfermer la peinture dans une simple description. Le paysage chez Augusta agit comme un champ de projection où des sentiments, des tensions et des états
Nous avons le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition personnelle d’Augusta Lardy Micheli, “walk with me”, qui aura lieu le jeudi 19 mars à 18h.
Le titre de l’exposition, Walk with Me, prend la forme d’une invitation simple. Une phrase qui pourrait appartenir à un dialogue, à un geste familier. Elle est aussi le nom d’une oeuvre qui ouvre l’exposition et en porte le souffle. Sur cette toile, les mots walk with me sont inscrits à même la peinture, comme griffés dans la chair d’un crépuscule. On y traverse des barrières de mûres et des vents ascendants de chaleur, des rouges qui brûlent, des violets qui s’effondrent dans l’obscurité. C’est un passage autant qu’un tableau: une invitation à entrer, et déjà une traversée.
Ses tableaux sont l’émergence d’un état, leur sujet n’est pas tant image qu’il est peinture. On y découvre des arbres, des clairières, parfois des cours d’eau ou des déflagrations dans le ciel. Ce sont des éléments suffisamment reconnaissables pour situer la scène, mais jamais assez définis pour enfermer la peinture dans une simple description. Le paysage chez Augusta agit comme un champ de projection où des sentiments, des tensions et des états intérieurs prennent forme sans passer par le langage.
Dans la manière dont elle parle de son travail, Augusta Lardy convoque l’univers de David Lynch — moins pour ce qu’il montre que pour la façon dont il fait sentir les choses. Chez Lynch, le familier bascule imperceptiblement vers l’étrange : un coup de vent, une lumière qui change, un silence qui s’épaissit, comme si le monde annonçait une imminence. Quelque chose de cet ordre traverse aussi sa peinture.
Le lieu dans lequel l’artiste produit aujourd’hui joue un rôle important dans cette relation au paysage. Son atelier se situe dans le canton de Neuchâtel, dans un lieu entouré de bois. L’endroit possède une qualité presque cinématographique. Les arbres y sont très présents, les sons y sont filtrés par la végétation, la lumière change rapidement au fil des heures. La solitude y est sensible, mais elle n’est pas pesante. Elle ressemble davantage à une disponibilité. Dans cet environnement, la peinture semble se développer comme une extension du lieu lui-même. Le paysage extérieur n’est pas reproduit dans les tableaux, mais il agit comme une condition perceptive. Il modifie la manière de regarder, de sentir la lumière, de percevoir les distances.
Lorsqu’Augusta vivait à Londres, les peintures portaient une tension particulière, celle de sentir un monde naturel se transformer depuis loin, sans pouvoir y être. Depuis Neuchâtel, le paysage n’est plus quelque chose qu’on regrette : il est la condition même du travail, et les tableaux respirent autrement.
La question de la couleur joue ici un rôle central. À première vue, la palette d’Augusta Lardy peut paraître étonnamment lumineuse. Les verts sont vibrants, les roses rayonnent, certaines surfaces semblent presque irradiées par la lumière. Pourtant, ces couleurs ne correspondent pas nécessairement à un état de sérénité. La peur, la perte ou le deuil peuvent se trouver à l’origine du tableau. La peinture devient alors une manière de traverser ces états, elle agit comme une transformation.
Dans cette dynamique, Augusta Lardy évoque parfois la figure de l’agent Cooper dans Twin Peaks. Ce personnage incarne une forme de positivité étrange. Face à des situations profondément troublantes, il conserve une curiosité presque joyeuse. Il avance sans cynisme, avec une confiance qui ne nie pas l’obscurité mais qui refuse de s’y enfermer. Il y a dans la peinture d’Augusta Lardy une attitude comparable. Les tableaux n’évitent pas les zones d’ombre, mais ils les traversent avec une énergie qui reste lumineuse.
Le processus de travail de l’artiste possède également une temporalité très particulière. Avant que la peinture ne commence réellement sur la toile, les images se construisent dans son imaginaire pendant plusieurs semaines, parfois des mois. L’artiste laisse le tableau exister intérieurement avant de l’aborder physiquement. Lorsque le geste arrive enfin, il peut au contraire être très rapide.
La musique joue un rôle précis dans ce rythme de production. Dans l’atelier, Augusta travaille souvent en écoutant le morceau Simple Headphone Mind du groupe Stereolab. La durée de cette pièce, environ vingt minutes, agit comme une unité de temps. Une portion du tableau peut se construire dans cet intervalle. Le caractère répétitif et hypnotique de la musique crée une forme de concentration particulière.
Le véritable sujet reste toujours la surface picturale. Chaque tableau se construit comme une conversation entre le geste, la matière et la lumière. Augusta Lardy travaille à l’huile, et cette matérialité a une profondeur particulière : les couleurs ne sont pas seulement des signes visuels, elles ont une densité, une épaisseur, une manière d’absorber et de réfléchir la clarté. C’est à travers cette résistance même qu’Augusta cherche à peindre ce qui échappe à la représentation directe, le vent, des lieux qui ne sont plus ou pas encore, des choses qui ne peuvent prendre forme qu’à travers la fluidité de l’acte pictural lui-même.
Cette approche rejoint certaines traditions de la peinture moderne où l’image devient avant tout un espace d’expérience. On pense à la Rothko Chapel : un espace où la peinture ne représente rien au sens narratif, mais produit une présence, un silence habité, une expérience du sublime que chaque visiteur traverse à sa manière. Chez Augusta Lardy, la figuration réapparaît, mais elle reste portée par cette même ambition. Faire de la toile non pas une image à déchiffrer, mais un espace à habiter.
Une autre résonance possible se trouve dans certains paysages de Munch. Dans ces tableaux, le vent, la brume ou la vibration de la couleur traduisent des états psychiques. Le paysage devient presque une extension du corps. La peinture d’Augusta Lardy partage parfois cette qualité. Les arbres semblent bouger légèrement, la lumière se dissout dans l’air, les formes se défont au moment même où elles apparaissent.
Les tableaux se situent dans ce que les philosophes grecs appelaient le metaxu, l’entre-deux. Un espace intermédiaire où deux réalités coexistent sans se confondre. Entre représentation et abstraction.
Marcher avec ces peintures, comme le propose le titre de l’exposition, consiste peut-être simplement à accepter cet espace intermédiaire. Avancer dans le paysage sans chercher à le posséder. Regarder ce qui surgit, disparaît, puis réapparaît autrement.